24h dans la vie d’un guillemot

24h dans la vie d’un guillemot

Dans la continuité du programme MIGRATLANE, qui a, entres autres, permis de déployer 140 balises sur les oiseaux plongeurs hivernants de Bretagne et de la Manche, le projet HIVMER vise à compléter ce jeu de données en étudiant les oiseaux hivernants au large de Fécamp, où tourne le plus grand (en nombre d’éoliennes) parc éolien en mer français en opération.

Trajectoires GPS des oiseaux hivernants plongeurs équipés de balises dans le cadre du programme MIGRATLANE entre 2023 et 2025 et zone d’étude du nouveau projet HIVMER.

Ce nouveau projet HIVMER est lancé par le MNHN en partenariat avec le Groupe Ornithologique Normand (GONm) et financé par l’Agence de l’Eau Seine-Normandie. Il s’agira de déployer une trentaine de balises par an sur 2 hivers pour étudier les alcidés et les plongeons au large de la Seine-Maritime.

La première mission a commencé ce lundi 12 janvier et déjà 17 oiseaux ont été capturés et équipés depuis le bateau de la Station Marine de Dinard, l’Emeraude Explorer.

Relâché d’un guillemot de Troïl après l’avoir équipé d’une balise du frabriquant Ornitela. La balise est scotchée sur quelques plumes du dos de l’oiseau. Elle tombera au bout de quelques semaines par usure du scotch ou lors de la mue des plumes.

Les balises, scotchées sur quelques plumes du dos des oiseaux, enregistrent non seulement la position GPS des oiseaux, qu’elles retransmettent toutes les 16h via le résau GSM, mais aussi la profondeur des plongées des oiseaux. Ces données permettront d’analyser finement le comportement des oiseaux, leurs zones d’alimentation et de repos. La carte ci-dessous illustre ce que l’on peut obtenir grâce aux balises ainsi déployées sur 4 individus, 2 guillemots et 2 pingouins torda.

Trajectoires GPS sur 24 heures de 4 alcidés, 2 pingouins et 2 guillemots, équipés de balise GPS au large de Fécamp le 13/01/2026. Les points bleus correspondent à des positions en fin de plongée lorsque les oiseaux sont en pêche.

En regardant les données encore plus précisément (Carte ci-dessous) et en ajoutant les horaires de marée dans l’équation, on peut voir que les alcidés sont presque toujours en dérive sur l’eau, se laissant transporter par les forts courants de marée. Ils pêchent le jour, et cherchent des bancs de poissons en se laissant porter comme sur un tapis roulant. C’est d’ailleurs une stratégie appelée « conveyor belt strategy » en anglais, bien montrée notamment chez les macareux (Bennison et al. 2019). Mais au-delà de la dérive, on constate aussi que les oiseaux pêchent plus intensément au moment des renversements de marée, à l’étale, avant de repartir dans l’autre sens.

Itinéraire d’un guillemot de Troïl, au gré des courants, pendant les premières 24h après sont équipement. Les points bleus indiquent là où l’oiseau a plongé pour se nourrir.

La mission de janvier se continue à l’heure qu’il est avec un focus sur les plongeons, qui, bien que visibles en journée depuis la côte, nous ont pour le moment bien esquivé !